Frédéric FERNEY

"Le succès consiste à aller d’échecs en échecs, sans jamais perdre son enthousiasme” Winston Churchill

"Tu seras un raté mon fils"

Des grands personnages qui ont façonné le XXe siècle, Churchill apparaît comme le plus sûr de son destin et de son génie. Pas une once de doute chez ce fils de famille, célèbre à vingt-cinq ans, tour à tour officier, aventurier, journaliste, ministre, écrivain, peintre… Jusqu’à l’apothéose de la seconde guerre mondiale, qui en fera de son vivant plus qu’un homme d’Etat : un mythe.Pourtant, ce touche-à-tout égocentrique et généreux, cynique et rêveur, fantasque et indomptable, cachait un secret, une blessure intime que nous dévoile, d’une plume éblouissante, le journaliste et écrivain Frédéric Ferney : le mépris absolu dans lequel le tenait son père.

Ce père trop tôt disparu, Winston cherchera toute sa vie à l’épater et à lui donner tort. En faisant revivre les grands moments d’une existence menée au galop, cette traversée d’une vie extraordinaire explore l’insondable lien entre un père et un fils.

Les mots de Frédéric Ferney et de Laurent d'Harcourt sur notre Livre d'Or

La communication aux Amis de Livres en Scène

Nous avons terminé l'année 2014 au Petit Marguery, avenue des Ternes, d'où demeure dans nos oreilles, comme l'écho de la voix de notre conteur d'un soir, Henri GOUGAUD, tout heureux d'avoir croisé dans les yeux de certains d'entre vous, le regard complice de ses futurs lecteurs. Tels furent les mots qu’il coucha d’une écriture cursive sur notre Livre d'Or.

Changement de décors pour janvier 2015 puisque nous retournons à l'Institution Drouant, la “Mecque... plus ultra” du livre à Paris, pour y rencontrer l'Ecrivain-Journaliste Frédéric FERNEY. Animateur de la célèbre émission littéraire "Bateaux Livres " diffusée sur France 5 pendant 13 ans, il nous présentera son tout dernier ouvrage consacré à Sir Winston Churchill « Tu seras un raté, mon fils! », sorti de chez Albin Michel, ce 5 Janvier.
Désormais éloigné de “l’actualité littéraire chaude”, le Critique, redevenu Ecrivain, se glisse avec sensibilité et intelligence dans la vie houleuse du “
Vieux Lion” comme dans l’histoire de l’Angleterre contemporaine dont l’agrégé d’anglais a une authentique connaissance.

Frédéric Ferney

Le mercredi 28 janvier 2015 à 19H30

Restaurant DROUANT
16-18 place Gaillon 75002 Paris
Métro: Opéra - 4 Septembre
Service de voiturier

Dans ce dernier ouvrage, dont nous avons lu le premier exemplaire avant l’autorisation de tirage, Frédéric Ferney évoque la relation privilégiée du Premier Ministre Anglais avec la boisson en générale et, en particulier, sa passion fidèle pour le Champagne "Pol Roger" qu'il fit connaitre mondialement. Fort de cette information dont nous avions déjà connaissance, nous avons demandé au Champagne Pol Roger de bien vouloir, exceptionnellement, s’associer à notre soirée. Après avoir pris connaissance du livre, Le Président Directeur Général de cette honorable Maison d'Epernay a donné son accord pour être présent ce soir là afin d’évoquer cette liaison historique, tout en offrant une coupe de ce fameux champagne de légende aux Amis de notre Association.

La Maison de Champagne Pol-Roger

Le menu

La dénomination des Tables

« Un petit dogue au poil roux »

Churchill - on peine à le croire - fut un enfant malingre, souvent malade, bronchitique. Sait-il déjà ce qui l'étouffe? Longtemps, Winston sera prémuni' contre la pitié. Sans une dame au cœur limpide qu'il surnomme « Woom» - sa nanny, Mrs. Everest-, il eût ignoré jusqu’à l 'idée même de la douceur; il s'épanoui dans la rudesse. Et il ne tient pas en place. Il ne cesse de se blesser, de maltraiter son corps, comme pour se prouver. Ou se punir …
Frédéric Ferney « Tu seras un raté, mon fils .

Cat & Pig

En amour comme à la guerre, Winston se comporte un peu comme un enfant: il prend la chose très au sérieux….

…À peine entré au cabinet, au ministère du Commerce, il fait la connaissance de Clementine Hozier. Clementine! voyons, ne l'a-t-il pas déjà rencontrée à un bal chez lady Crewe, sous les candélabres élisabéthains de Salisbury Hall ?
Frédéric Ferney « Tu seras un raté, mon fils .


“(Oh daddy, oh!) ”

C'est un aveu qui lui coûte : « Il ne m'écoutait jamais. Aucune camaraderie n'était possible avec lui, malgré tous mes efforts. Il me traitait comme un idiot; il aboyait dès que je lui posais une question. Je dois tout å ma mère, rien à mon père», écrit Winston. Vraiment? Et si c'était le contraire ? Et si, de cette absence d’amour, Winston avait conservé une traînée éblouissante, une empreinte indélébile dans le cœur? Tandis que sa mère brille à ses yeux, lointaine «comme l'étoile du soir», l'ombre du père mort n'a cessé de grandir et d'orienter obscurément sa vie Frédéric Ferney « Tu seras un raté, mon fils .


“Always savor the thrill”

On dirait que certains hommes n'ont jamais été jeunes et l'on craint toujours qu'ils se vengent un jour de cet oubli. Winston, c'est le contraire -

a-t-il jamais cessé de l'être ? Si la jeunesse est déni de la mort, impatience amoureuse – et suprême dédain envers le danger – Winston en a respiré le sel, l'extrême saveur, l'exquise épouvante. Sa seule devise. «Always savor

the thrill» -il n'en changera pas. Quand on est avide de sensations, quoi de plus excitant que de se faire tirer dessus et dépasser à travers les balles qui sifflent å vos oreilles ?
Frédéric Ferney « Tu seras un raté, mon fils. »


Quelques photos

Réflexions de Frédéric Ferney sur son ouvrage lors de la soirée

Par quels détours, par quelle instigation de l'âme et des choses, devient-on soi - par exemple: Winston Churchill ? ...
Ce que j'ai voulu comprendre, ce que j'ai exploré dans ce livre, c'est : d'un côté
l'enfance et la jeunesse de Churchill; de l'autre sa vieillesse et sa mort (la solitude de Churchill). Churchill avant Churchill, puis Churchill après Churchill ...

Ses débuts : le «jeune loup» affamé, l'arriviste aux dents longues, puis sa fin : le « vieux lion » dans son hiver, - repu d'honneurs et de secousses ... pour autant qu'il ait jamais été repu! Et comment ça finit, cette affaire-là; une vie, quand le corps vous lâche, quand les jours diminuent et quand s'accroissent les ombres?…

Vous allez me dire: ce n'est pas très gai !... Tout l'enjeu, c'était d'écrire un livre qui lui ressemble, un livre qui soit palpitant et joyeux, malgré tout ! (Et c'est dans ce malgré tout qu'il me fallait trouver des accents, des saveurs idiomatiques, un tempo, qui soit un peu les siens).

C'est ça qui m'intéresse - c'est une question que je me suis déjà posé, sous d'autres formes, dans mes livres précédents, au sujet d'Aragon, Proust ou Oscar Wilde. Comment redonner un sens vital (et lequel) à ce mot suprême et galvaudé: destin - à mi-chemin entre ce qu'on craint et ce qu'on veut ... Autrement dit: y a-t-il un mécanisme secret (heureux ou tragique) qui régit l'existence de chaque individu?

On ne reçoit pas tous les mêmes cartes à la naissance, c'est certain, mais il revient à chacun, dans sa vie, de les jouer au mieux. Churchill a le « sens de la carte », comme on dit au bridge, mais de temps en temps, son instinct l'égare, son impatience l'aveugle, et il « chute », avec fracas; il se ramasse en beauté; il tombe de haut! C'est dans ces moments-là qu'il m'intéresse.

Ce n'était pas un enfant sage et, s'il n'a jamais cessé d'être un enfant, Churchill n'est jamais non plus devenu sage. C'est ce que j'aime chez lui: il n'a jamais grandi! Ce qui le rend parfois insupportable (mais, jamais ennuyeux !) : Churchill cumule l'attrait des enfants quand ils sont terribles, et le charme des monstres quand ils sont sacrés. Et cela, jusqu'à la fin, ivre de sa suprématie, en brandissant sa canne comme un lasso ... Dans le vieillard grincheux et tyrannique persiste un enfant inapaisé et frondeur, un sale gosse, un cancre, une tête brûlée.

C'est un cas singulier, Churchill: à la fois un héritier et un outsider un conservateur et un rebelle. Un fils à papa, mais sans l’amour d’un père…Et qui toute sa vie, puise dans la guerre - désirée - une énergie, et même un sorte de bonheur, de vérité, qu'il ne trouve pas ailleurs !

Longtemps sa vie n'a été qu'une préface. Un brouillon. Une lettre écrite, au galop, à un père lointain, puis absent. Plus tard, l'effigie du patriarche, du chef de guerre victorieux et du principal opposant à Hitler, a éclipsé la figure du jeune opportuniste, bon à rien et prêt à tout, qui rêvait de se distinguer par tous les moyens et de devenir célèbre pour épater enfin son père - ce fantôme. C'est ma thèse - entre nous, elle n'a rien d'original.

« Je dois tout à ma mère, rien à mon père », a dit Winston. Faut-il le croire? … Non, car ce n'est pas vrai. Il ment - c'est une autre raison de l'aimer; il multiplie les dénégations et les reniements (sur ce sujet comme sur tant d'autres) avec une telle candeur, un tel aplomb, que cela équivaut à un aveu: c'est une bravade (une de plus !), il suffit d'entendre le contraire de ce qu'il dit.

Il idéalise et adore sa mère, qui deviendra sa confidente, Sa complice, cela est vrai, mais il est depuis son enfance obnubilé par ce père qu'il admire de loin et qui refuse d'aimer son fils - le repousse, l’abaisse, le méprise. Un père qui, mort prématurément (de la syphilis) après une lente et pénible agonie, en 1895, laissera un vide béant dans la vie et dans la carrière du jeune homme. Ce père, Lord Randolph, forme une ombre prodigieuse qui pèse sur sa vie et qui le hantera jusqu'à sa mort, le même jour que lui, un 24 janvier (70 ans jour pour jour après lui).

Son audace, cette vaillance éperdue qui sera le mirage de sa jeunesse, et qui le pousse (quand rien ne l'y oblige) à s'engager, à s'exposer, en première ligne dans tous les combats - en Afghanistan, en Haute Égypte, en Afrique du sud, et dans les tranchées en Flandre française (en 1916) - ne traduit qu'un souci de briller aux yeux d'un père à jamais aveugle. Longtemps, avec une dévotion secrète, avec un mélange de pitié et d'envie, Winston ne voudra que l'imiter. Et jusqu'à la fin, il se sentira surveillé, assujetti à ce funeste ombrage, comme si le procureur de son enfance était toujours agrippé à son épaule.

Et puis, il y a le Black Dog, le Chien Noir. Ce livre, je l'avais d'abord intitulé: Black Dog. Une vie rêvée de Churchill ... Le Black Dog, c'est la malédiction ancestrale des Marlborough - ces accès de dépression soudaine, ces pannes de la volonté, cette rancœur envers soi aggravée par l'abus d'alcool - qui parfois l’accablent et empoisonnent ses nuits.

Tout cela, je n'en apporte pas la preuve ... (« Pas de preuves, elles fatiguent la vérité » disait le peintre Georges Braque...). Je m'attache plutôt à vérifier un pressentiment, à justifier une conviction intime, en détectant des indices, des sensations (Churchill a toujours préféré les sensations aux idées), ou encore des présages, comme des petits cailloux semés sur un chemin, comme les pièces manquantes d'un puzzle qui, à la fin, s'anime mais demeure forcément incomplet et lacunaire.

Ce livre n'est pas, au sens strict, une biographie - il y en a déjà mille !

D'une part, l'homme disparaît sous sa légende et ses costumes - avec Churchill, il s'agit plutôt d'en enlever que d'en rajouter, si on veut y voir clair. D'autre part, je ne suis pas historien, je ne prétends pas l'être. La matière de ce livre est historique et biographique mais cela me fournit plutôt une trame que je traite, sans excès de dévotion - de façon cavalière, romanesque, et littéraire ...

C'est-à-dire ?... Je n'écris pas pour autant à la légère. Je ne méconnais pas les faits, les événements, les dates, mais il y a aussi, dans une vie, en marge, à côté de ce qu'on sait (ou de ce qu'on croit savoir), des heures oubliées, des jours, des instants que le temps efface, des zones intouchées, des zones fugitives, où je m'aventure et dans lesquels mon personnage (car c'en est un), apparaît dans une lumière intime, entre chien et loup.

Churchill a écrit ses Mémoires mais il n'a jamais écrit sa Recherche du temps perdu. Je ne dirais pas que je l'ai fait à sa place (ce serait trop) mais, d'une certaine façon, je me suis insinué dans ses désirs et dans ses rêveries, dans ses silences, dans ses peurs (lui qui n'avait jamais peur), dans ses nuits, dans ses ferveurs, dans ses soifs ; je les ai imaginés, de l'intérieur, de son point de vue, sans le juger, en lui prêtant une voix. Je me suis amusé à remplir les blancs (ou les trous noirs) de son existence, avec le pinceau le plus fin possible, et avec le souci de ce que les peintres italiens appellent le fa presto (par opposition avec le léché). Ce qu'il a vécu, subi ou rêvé, j'ai tenté de le revivre en songe, et j'ai mis des mots dessus.

Ce n'est pas une somme, loin de là. J'ai choisi quelques moments, quelques épisodes de sa vie, sans être obsédé par la chronologie: une nuit de mai 1941 à Londres sous les bombes allemandes ; un été de 1897 en Afghanistan ; un voyage dans le Middle- West en 1901; un après-midi au Parlement de Westminster, la même année; un dîner mémorable à l'Hôtel de Paris à Monte-Carlo, en octobre 1945 ; une charge de cavalerie avec le 21e Lanciers au Soudan, en 1898 ; ou ce jour de l'automne 1882 où sa mère l'envoie à l'âge de huit ans, en pension à Ascot, loin des siens. Je me suis aperçu après coup (je ne l'ai pas fait exprès) que chaque chapitre était obscurément relié à un paysage: les ormes et le lac de Blenheim (le château de son enfance), St James's Park à Londres, les hautes plaines du Middle-west, les collines fleuries de Bangalore, les cols et les ravins arides d'Afghanistan, le désert de sable soudanais, les plages de la Côte d’Azur.

Je fais comme si j'avais été là, comme si j'avais respiré le même air que lui, et comme si j'étais aussi présomptueux, aussi mégalo, que lui! (« La mégalomanie est la seule forme de santé Mentale »…). Mais, si j'ai pris cette liberté (quel culot! me direz-vous), j'ai eu constamment le souci d'être exact, au plus près de ce qu'il a pu ressentir. Car je crois que la vérité n'est jamais donnée.-.la grâce, oui peut-être, c'est un don, mais la vérité, non, c'est toujours un travail, une entreprise, une (re)construction, ce qui la rend fragile. Ce Churchill, c'est le mien, je n'en ai pas d'autre.

Je n'excuse pas sa violence ni ne méconnais les coups tordus qu'on lui prête. Je ne le défends pas car il est souvent, à mes yeux, indéfendable. Je l'écoute, je m'efforce d'entrer dans son cœur et dans ses tripes, dans son corps, c'est-à-dire dans son âme, et de marcher dans ses pas. Je le console parfois. Je ne suis pas son avocat, je suis son scribe ... Ce qu'il y a de bien, c'est que je ne risque pas d'être contredit, ni par lui-même ni par un autre, car je suis, dans ce livre, comme dans un duel, son seul témoin!